Si Marx et bien d'autres avant lui avaient connu la pyramidologie sociale, peut-être n'auraient-ils pas entraîné l'humanité dans la monstrueuse aventure où ils l'ont vainement plongée pendant les trois derniers siècles et notamment pendant celui qui vient de s'achever, en recourant à une lutte des classes sans issue.

Les inégalités sociales augmentent inexorablement avec la population, le progrès et l'enrichissement de la société. Or démographie, comme progrès et enrichissement sont strictement l’œuvre de l'homme. La dénatalité est donc le remède qu'il peut, librement et sans violence à quiconque, appliquer aux inégalités sociales et par voie de conséquence à la plupart des maux de l'humanité qui en découlent.

vendredi 4 mars 2016

06 - Démographie, croissance et environnement

Article publié sur le blog : http://pyramidologiesociale.blogspot.fr

06 - Démographie, croissance et environnement

Si la richesse matérielle a toujours été le premier objet de convoitise des hommes, au point qu'ils se soient livrés depuis toujours des luttes acharnées pour sa conquête, il est pour le moins étrange qu'ils se montrent aussi peu conscients et soucieux des effets de leur propre multiplication sur les inégalités de partage de cette même richesse. Ayant délibérément choisi de placer ce qu'ils nomment les "inégalités sociales" sur le terrain du même nom pour ne parvenir à les réduire que dans une mesure jamais satisfaisante, que ce soit par la raison ou par la révolution, il en est comme si leur refus d'admettre que leur prolifération en soit la cause naturelle et majeure les condamnait à une lutte sans fin.

Il suffit pour se rendre compte de cette aberration, de considérer le rapport direct existant entre des richesses croissant sans limites et une population dont les membres se multiplient d'autant plus qu'ils sont pauvres, pour des raisons liées à la configuration pyramidale de la société. Si les schémas qui précédent offrent une représentation statique de cette relation, ceux qui suivent vont au-delà des pourcentages afin de permettre des comparaisons chiffrées entre situations différentes, qu'il s'agisse d'époques, de population et de niveaux de richesse.

Fig.11

La fig. 11 schématise la pyramide sociale au début de notre ère, à relativité de conditions sociales constante. Les pourcentages de population attachés à chaque catégorie sociale ont en effet été les mêmes hier que de nos jours, en raison des propriétés de la pyramide qui font que toute modification de son volume se répercute proportionnellement sur les parties (troncs et sommet) qui la composent. La même représentation est fournie (Fig. 12) concernant la population mondiale en l'an 2000.

Fig 12
La fig.13 réunit quant à elle en une seule les fig. 11 & 12, qui peuvent ainsi être confrontées à une échelle de richesse qui leur est commune et qui n'a fait que croître pendant 20 siècles. Outre la comparaison des populations globales (volume de chaque pyramide) qu'offre approximativement cette présentation, celle de chacune des 3 catégories sociales les composant à 20 siècles de distance est possible, de même que celle des écarts de richesse régnant entre elles. Est aussi illustrée la croissance considérable du nombre de pauvres, toujours proportionnel à celui des représentants des autres classes sociales (classes moyennes et riches). C'est là l'image la plus emblématique de la première cause de la croissance des écarts de richesse entre les catégories sociale dont est composée la société, en même temps que de la relation existant entre l'augmentation de la population globale et celle du nombre de pauvres – donc de la pauvreté –, quels que soient les dénis que puissent y apporter des chiffres sur lesquels personne n'est au demeurant d'accord, bien qu'ils soient cautionnés par la pensée dominante. Bien entendu, dans sa relativité, cette pauvreté a bénéficié du progrès. mais elle demeure en tant que catégorie sociale, et c'est là qu'est précisément le problème posé à l'homme : accepter cette relativité ; ce qui ramène à la condition humaine et à la mesure dans laquelle elle est conditionnée par une démographie sur laquelle il a la liberté et la possibilité d'agir, sans compromettre ses légitimes aspirations à l'amélioration de son sort.

Fig. 13

Cette figure 13 révèle la mesure dans laquelle la société aime ses pauvres. Faut-il qu'elle les aime en effet pour en alimenter la population avec la constance dont elle fait preuve depuis ses origines, sachant que sur 1 00 terriens qui naissent – et 280 000 supplémentaires s'ajoutent chaque jour à la population mondiale, à l'époque où ces lignes sont écrites – 70 rejoignent les rangs des pauvres, pour 30 qui ont l'avantage de compter parmi les plus ou moins nantis. Sans compter la perspective (fig.10) de voir ces chiffres respectivement passer, au cours des prochaines décennies, de 70 à 88 et de 30 à 12.

Quel que soit le niveau de richesse globale et les conditions de son partage, la représentation pyramidale de la société s'y adapte dans ses trois dimensions et chaque catégorie sociale dont elle est faite croît avec elle. En d'autres termes, à population constante, donc à volume constant, si ce volume est représentatif de la population comme c'est le cas dans la pyramide sociale, quand la richesse globale croît (ou décroît), celle de chaque catégorie sociale suit le même mouvement en conservant ses proportions. De quoi donner à réfléchir à ceux qui ne voient dans la croissance, comme dans la décroissance, que des phénomènes économiques. Il négligent ce faisant la mesure dans laquelle économie et démographie sont liées, avec toutes conséquences sur les inégalités sociales.
Fig. 14

Richesse et pauvreté étant insensibles à toutes subtilités de segmentation et de raisonnement ne faisant que masquer consciemment ou non la réalité, conservent leur relativité comme leurs proportions, envers et contre tout. Il en résulte pour la société un avenir tout tracé face aux contraintes environnementales auxquelles les uns pensent pouvoir répondre par la décroissance économique, quand d'autres entendent bien ne renoncer en rien à la croissance.

La décroissance ne peut, en appauvrissant la société, qu'appauvrir toutes les catégories sociales et aggraver le sort des plus vulnérables que sont les pauvres. Cela ne suffit-il pas à la rendre inacceptable, inenvisageable ? N'est-elle pas fondamentalement incompatible avec la nature humaine, en ce qui la différencie des autres espèces ? N'est-elle pas contraire aux sens fondamental de la vie humaine qui est, rappelons-le d'améliorer sa condition et celle de ses descendants, dans le respect des autres espèces et de leur environnement commun ?

La croissance au contraire, œuvre au progrès et à l'amélioration du sort de tous, même s'il est vrai qu'elle conforte la situation des plus riches, vice rédhibitoire aux yeux de certains ; ce qui est faire abstraction de la redistribution dont se chargent la loi et la fiscalité (quel que soit la part du produit de cette régulation par l'impôt détournée de son objectif par tous les états, avant que d'adoucir le sort des plus démunis). L'objection majeure à la croissance se fonde légitimement sur les abus commis en son nom, au détriment de toutes les catégories sociales, des autres espèces et de l'environnement. Mais cette croissance ne peut-elle pas précisément être limitée à ce qui est tolérable par ce dernier ? La croissance est-elle condamnée à se produire dans l'anarchie et le gaspillage ? Plutôt que de sommairement recourir à une régression contraire à ses aspirations, l'homme serait-il incapable de mettre son génie au service d'un progrès limité par la raison, sans compter avec sa capacité à trouver la parade à tous ses maux, pourvu qu'ils se produisent dans des conditions dont il conserve la maîtrise. Or s'il est un domaine dont l'homme est le seul à avoir les clés, c'est bien celui de sa propre prolifération.

Comme dans la plupart des situations antithétiques, l'équilibre réside dans un compromis. C'est donc avec l'espoir toujours déçu d'y parvenir sans remettre en cause une croissance démographie structurellement porteuse d'inégalités, que sont tentés des ajustement humainement inspirés par la compassion et la solidarité et appliqués à l'économie par la loi. Mais l'économie, toujours stimulée par la croissance démographique et les besoins qui en résultent, reste insensibles aux réglementations dont elle est chargée et qui s’avèrent, non seulement impuissantes à réduire durablement les inégalités mais la pénalise de leur poids. Avant de procurer du mieux être à ceux qui en ont le plus besoin, les entraves imposées à l'économie coûtent à la société sans autres résultats que passagers et toujours insuffisants, avec en prime l'imputation de ces échecs à l'égoïsme des hommes, alors qu'ils ont pour première raison la méconnaissance, voire le refus, des mécanismes décrits ici.

C'est d'autant plus regrettable que la réponse est dans la fig 13. La seule manière de réduire significativement et durablement le nombre des pauvres, tout en permettant à l'humanité de poursuivre son chemin vers un progrès incluant un meilleur équilibre social et le respect dû à la planète, est d'être moins nombreux. "On n'arrête pas le progrès" n'est pas une vaine formule. Il y a fort à parier que soumis plus qu'à tout autre à cet instinct qui le pousse inexorablement à affronter depuis qu'il existe les défis que lui lance la nature, l'homme choisira – éventuellement avec l'aide plus ou moins brutale de celle-ci  – de poursuivre son chemin vers une fin, inéluctable en tout état de cause mais qu'il saura retarder dans toute la mesure d'une intelligence et d'aspirations qui le différencient des autres espèces.

C'est dans ces conditions que l'avenir de la planète ainsi que le partage des richesses de la société entre ses membres, se réduit à deux options :
1 - un monde d'indigence, composé de riches devenant de moins en moins riches et de pauvres devenant de plus en plus pauvres, continuant de proliférer jusqu'au collapsus.
2 - un monde à la population maîtrisée, dont les richesses ne cesseront de croître au bénéfice de riches plus riches et de pauvres moins pauvres,

Reste à l'homme de décider de son propre sort plutôt que de le subir en attendant cette transition démographique qui, lorsqu'elle se produira, risque fort de n'être rien d'autre qu'une réaction de la nature pour se débarrasser, par des moyens dont elle est seule maîtresse et après avoir fait preuve de beaucoup de tolérance, de l'excédent de ses prédateurs les plus menaçants.

Fig.16

En état de croissance comme de décroissance, la pyramide sociale ne peut que peser que de tout son poids, tel qu'il résulte avant tout de sa démographie, sur la planète qui la supporte chaque jour plus difficilement.



jeudi 3 mars 2016

05 - Catégories et classes sociales

Catégories sociales et classes sociales sont deux notions considérées ici bien distinctement. Alors que la classe sociale regroupe les individus en fonction de leur revenus, comme leur classement en catégories socio-professionnelles (CSP) répond à leur répartition selon leur fonction économique, les catégorie sociale visent à en segmenter la population selon les intervalles de l'échelle de richesse proposée au chapitre précédent, sans autres considérations. La notion de "catégorie sociale" est associée à cette échelle – dont la graduation est celle des niveaux d'une richesse telle que la définition de portée universelle en a été retenue – pour permettre les comparaisons entre pays, régions et époques différentes. C'est aussi ce qui autorise le raisonnement qui suit, les schémas qui l'illustrent, et les chiffres qui en résultent.

Pauvres et riches
Comme déjà souligné, il est d'usage de la part de ceux à qui il arrive de s'y référer, de segmenter la pyramide sociale, davantage pour étayer leurs théories sociopolitiques sommairement révolutionnaires qu'à la recherche de ce que son étude pourrait révéler de durablement utile au progrès social. Leur partition arbitraire (cf. Fig. 3 & 4) ayant pour premier, voire exclusif objectif de dénoncer les inégalités sociales, cherche à mettre en évidence – pour ne pas dire en scène –, comme s'il s'agissait d'une nouveauté, le fait qu'une petite minorité de riches détient la plus grande part des richesses de la société. L'obsession de l'injustice sociale conduisant à ne voir dans des niveaux de richesse que les signes de cette injustice, si elle peut paraître généreuse, ne fait que constater une situation a posteriori, en isolant certains données avec pour seul effet d'exciter démagogiquement la convoitise des plus démunis sans rien changer à l'inéluctabilité de leur sort. Il en est ainsi, par exemple, lorsque Bill Gates, l'homme réputé être de nos jours le plus riche de la planète pour "peser" 136 milliards de dollars, est cloué au sommet d'une pyramide sociale transformée en pilori, alors qu'il ne s'agit que d'instrumentaliser une banalité ... pyramidale. De tous temps d'autres ont occupé cette position, qu'ils se soient nommés Crésus, Guillaume Le Conquérant, Baron normand devenu roi d'Angleterre (1028-1087), qui a pesé 229.5 milliards de dollars ; Stephen Girard, armateur, banquier et philanthrope (1750-1831), 105 milliards de dollars ; Henry Ford Fondateur de Ford, (1863-1947), 199 milliards de dollars ; Mouammar Kadhafi, ex leader libyen, (1942-2011), 200 milliards de dollars, etc. (exemples relevés sur le Web). Ce faisant, nul ne semble se préoccuper de la nature profonde de ces constats, au-delà de ce qui peut être imputable à la cupidité et à l'égoïsme des uns ou à l'impuissance des autres. Or le but est ici, non pas de mettre la pyramide sociale au service de telles hantises, mais d'en faire l'outil d'une meilleure connaissance de notre condition sociale dans ce qu'elle a de fondamental.

Toute stratégie d'amélioration réelle et durable de l'organisation et du fonctionnement de la société passe en effet incontournablement par cette connaissance, laquelle ne peut que refuser les a-priori. Or, certaines propriétés de la pyramide appliquées à la pyramide sociale s'avèrent être une moyen de déjouer les a-priori, en ce sens qu'elles expriment la relation y régnant entre catégories sociales, richesse et démographie. C'est dans cet esprit que la pyramide sociale, dont le volume est par convention représentatif de la population qui l'habite, est associée dans les schémas qui suivent, à l'échelle de richesse telle que définie au chapitre précédent. À noter que hormis les conditions du partage de la richesse collective – lequel relève d'une problématique non abordée ici –, la relation entre celle-ci et la population va de soi, dès lors que cette richesse résulte de l'initiative et de l'activité de tous, y compris ceux qui ne sont que consommateurs, ce qui est notamment le cas de ceux dont les activités et par conséquent la production sont nulles (chômeurs par exemple).

Laissant à d'autres le soin d'une formulation plus scientifique et d'un éventuel apport mathématique, le raisonnement repose donc sur la confrontation de la population structurée en catégories sociales, à une échelle indiquant aussi bien le niveau de richesse globale de cette population que de chacune des catégories qui la composent . Tous les habitants de la pyramide sont ainsi positionnés face à leurs niveaux de richesse respectifs ; depuis les plus pauvres se situant à sa base, jusqu'au plus riche situé à son sommet.
Richesse et pauvreté existant l'une par l'autre, cela requiert d'autant plus d'apprécier objectivement dans quel rapport et pour cela de prendre objectivement la mesure dans laquelle se répartit la richesse collective entre catégories sociales. Or, comme le représente la fig. 7, la mi hauteur de l'échelle de richesse globale de la société coïncide – logiquement – avec la mi-hauteur de la pyramide sociale, dont le volume représente sa population au même moment, et réciproquement. La partie de cette population occupant la partie supérieure, depuis ce plan de partage jusqu'à son sommet, constitue donc la catégorie des riches, alors que celle se situant entre ce même plan de

Fig.7

Fig. 8


partage et sa base représente la catégorie des pauvres. À partir de ce constat d'une grande simplicité, un calcul élémentaire permet de déterminer avec précision les pourcentages de riches et de pauvres se partageant la richesse collective (fig. 8). Selon cette partition de la pyramide sociale en deux catégories :, les premiers représentent 14 % de la population totale et les seconds 86 % – valeurs assez proches de celles auxquelles conduit la loi de Pareto (cf. fig.5) .

La partition de la société en deux catégories sociales s'avérant d'un intérêt limité et s'accompagnant de l'impossibilité de fixer la limite les séparant, une troisième catégorie s'impose pour effectuer la transition nécessaire et en quelque sorte amortir l'écart qui sépare les riches des pauvres, ce qui ne va pas sans la tentation pour les économistes, les sociologues et les politiques, de considérer cette catégorie sociale intermédiaire – les classes moyennes – comme variable d'ajustement, avec les risques qui en résultent, mais c'est une autre affaire.

Quoi qu'il en soit, de la même manière que cela a pu être fait entre pauvres et riches, la répartition objective des niveaux de richesse collective entre les trois catégories sociales peuplant la pyramide sociale "moderne" peut aisément être fixée et représentée (fig 9). Il en résulte que le bas de la pyramide sociale, où logent les pauvres, représente 70% de son volume, donc de la population qui l'habite, alors que le segment médian où résident les classes moyennes en représente 26.3%, et le segment haut, ou sommet de la pyramide, abrite les riches à raison de 3,7% de la population totale.

Fig. 9


Pauvres et pauvres profonds
Le raisonnement qui précède ne peut s'exonérer de considérations touchant à une quatrième catégorie sociale, celle des pauvres profonds. Aboutissement d'une évolution en cours depuis deux millénaire et s'étant brutalement accélérée durant les deux derniers siècles, elle semble en effet appelée à peupler une part importante de la pyramide sociale "post moderne"

Aux époques pré-industrielles, du fait d'un progrès limité, celui-ci profitait à tous sensiblement de la même manière, sinon dans la même mesure. Par ailleurs, s'il existait déjà de grandes fortunes, elles étaient le plus souvent détenues par ceux qui avaient en même temps le pouvoir politique et/ou religieux, dont elles pouvaient paraître l'accessoire incontesté, dans une société à la conscience sociale balbutiante et sommaire. Les écarts de richesse étaient ressentis comme naturels par des pauvres qui avaient tendance à se confondre en une seule pauvreté plus crédule, plus résignée et moins peuplée qu'elle l'est devenue.

Depuis, le passage de la population humaine de 1 à 7 milliards d'individus a entraîné un développement démesuré de la pyramide sociale. En même temps, la richesse générée par l'activité d'une telle population et une productivité due au progrès et aux nouveaux moyens dont il était porteur a considérablement augmentée. Plus particulièrement au cours des dix-neuvième et vingtième siècles, le sommet de la pyramide sociale s'est élevé et sa base s'est étendue. Dans un contexte où le matériel l'emportait sur le spirituel, les pauvres dont le nombre croît inévitablement plus vite que celui des riches, précisément en raison de la configuration de la partie de la pyramide sociale qu'ils occupent, ont progressivement pris conscience de leur condition et se sont organisés pour contester des écarts de richesse dont la croissance n'a pourtant fait qu'accompagner celle de la population et de sa richesse globale.

Mais cette évolution n'a pas seulement amplifié et multiplié les inégalités sociales, elle s'est accompagnée de la prolifération d'une nouvelle pauvreté résultant de l'accès des pays et régions les moins avancées du monde à l'industrialisation et à la modernité. Venu s'ajouter au lumperproletariat de Marx et autres laissés pour compte des avancées sociales, un sous-strate de la société, composé de miséreux s'appuyant directement sur l'extrême base de la pyramide sociale s'est consolidé, dont les occupants sont dorénavant qualifiés de pauvres profonds.

Alors que s'amélioraient les conditions de vie du plus grand nombre, se sont installées celles de cette sous-catégorie sociale, composée majoritairement de victimes d'un exode vers des villes où rien n'était disposé à les accueillir ; répétition à l'échelle mondiale de l'exode rural qu'avaient connu les pays occidentaux lors de leur industrialisation, aggravé par le flot croissant des victimes d'innombrables crises, désordres et violences économiques, ethniques, politiques, religieux, climatiques, etc.

Ce nouveau mode de vie, qui s'est progressivement ancré partout dans le monde, se caractérise aujourd'hui par une précarité extrême, dont l'aspect le plus visible est l'habitat. Les bidonvilles pourraient compter 900 millions d'habitants en 2020 selon l'ONU, les camps qui se multiplient ne parvenant pas à endiguer le flot de ceux qui les peuplent, pas davantage que des barrières, murs et clôtures toujours plus longs, plus hauts et plus nombreux. « Loin d’être l’exception que l’on évoque généralement dans un cadre humanitaire ou sécuritaire pour en justifier l’existence, les camps [et les murs] font durablement partie des espaces et des sociétés qui composent le monde aujourd’hui.» ("Un monde de camps" - Clara LECADET et Michel AGIER - éditions La Découverte) ; des vêtements hérités de moins pauvres qu'eux, quand ils ne sont pas faits de haillons ; une nourriture constituée de restes et de déchets, pour ceux qui n'ont pas la chance de bénéficier d'initiatives amplifiant le concept de "soupes populaires" propres aux grandes crises, se multipliant sous les formes et les appellations les plus diverses ; un  manque d'hygiène et de soins, avec pour conséquence un état de santé propice au développement de maladies et à la contagion, que combattent de nombreuses organisations tant privées que publiques hissées, par leur nombre et leurs budgets, au rang de véritables puissances économiques et politiques ; et enfin, un criant défaut d'éducation.

Autant de caractéristiques, d'ailleurs officiellement reconnues par les institutions au plus haut niveau (Banque Mondiale, ONU, UNESCO ... ) pour qualifier ce niveau de pauvreté, qui indiquent à quel point la pauvreté, plutôt que de reculer comme le prétendent des observateurs frappés de cécité, se développe au contraire du fait de la multiplication de crises, toutes plus ou moins directement imputables à l'augmentation de la population humaine ? Le Figaro.fr du 09 nov 2015 titre : « Climat : 100 millions de pauvres en plus d'ici 2030 si rien n'est fait. À 21 jours de la COP 21, la Banque mondiale alerte dans un rapport sur les risques du changement climatique pour les populations les plus vulnérables. ». Ce sont effectivement les plus vulnérables qui feront, les premiers les frais du réchauffement climatique, comme ils font ceux d'autres "réchauffements", tous résultant d'une démographie planétaire vécue depuis des décennies et des siècles, dans l'imprévoyance la plus complète, s'il ne s'agit pas plus simplement d'inconscience.

Quoi qu'il en soit, la pauvreté ayant jusqu'ici participé au peuplement de la pyramide sociale se définit dorénavant d'une nouvelle manière, résultant de la modernité et du progrès. N'est-ce pas en effet ce dernier et plus précisément l'augmentation de richesse de la société qui l'a accompagné qui, par un accroissement constant de l'écart entre le sommet et la base de la pyramide sociale a entraîné la multiplication des pauvres relatifs et l'apparition puis la multiplication parmi eux de pauvres profonds dont le sort n'aurait pas été envié par les plus pauvres des anciens pauvres ?

Fig. 10



Irions-nous vers une partition de la société, non plus en 3 mais en 4 catégories sociales ? Nul doute que nous soyons sur cette voie, puisque pour une population estimée de 250 millions d'êtres humains au début de notre ère, le nombre de ces pauvres profonds se situe 20 siècles plus tard entre 1 et 2 milliard – l'accord étant loin de régner entre les spécialistes, tant sur les chiffres que sur le fait que cette pauvreté profonde régresse ou augmente. Il faut en tout cas considérer les proportions dans lesquelles chacune de ces catégories sociales serait représentée (Fig. 10), sauf à concevoir une classe moyenne élargie, allant puiser une partie de ses effectifs chez les riches et une autre chez les pauvres, pour rassembler  29,7 +10,9 = 30,6% de la population. La pauvreté dans son ensemble représenterait alors, non plus 70% de la population totale mais 29.7 + 57,8 = 87,5%. Trop souvent guidés par leur compassion, combien d'entre nous ont-ils conscience de cette réalité et de son évolution ? Combien de ceux qui se font les défenseurs des pauvres, ne tiennent aucun compte de la mesure dans laquelle l'injustice sociale dépend de la démographie ? Combien d'entre eux admettront que le nombre de pauvres étant le premier indicateur de la pauvreté c'est sur ce nombre qu'il faut agir en priorité ; que la seule possibilité réelle et durable qu'ont les hommes, non seulement d'accéder à un équilibre social en rapport avec leur condition, mais de sauver la civilisation et peut-être même l'espèce, réside dans la réduction de la population, dorénavant à l'échelle planétaire, compte tenu d'une mondialisation elle aussi rançon du progrès. Au-delà de la notion de partage, sujet central de la pensée dominante, le meilleur équilibre possible entre richesse et pauvreté doit être atteint d'urgence, et c'est précisément sur les mécanismes qui règlent cet équilibre dans son rapport avec le nombre des humains que veut insister la pyramidologie sociale.


La question pourrait être autrement réglée, par l'instauration de ce fameux revenu minimum universel, qui n'est rien d'autre qu'un moyen de régler la situation de tous les pauvres. Il assurera enfin l'égalité de revenu entre ceux qui vivent aujourd'hui avec moins de 1,9 dollar/jour et ceux qui vivent aux frontières de la richesse. De quoi apaiser bien des consciences, mais il restera une pyramide sociale au sommet de laquelle siégeront toujours les riches.